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Le retour des utopies à la Rousseau

Je constate depuis quelques temps un désir chez certains mouvements, chez certains penseurs, chez certains artistes, intellectuels, ou bien dans la population en général, d’un désir de retourner à la terre, à la nature, comme si les vieilles utopies communistes, hippies, soixante-huitards, refaisaient surface.  Je constate chez certains un ras-le-bol des technologies, des machines, du virtuel, d’Internet, du travail, de l’argent, des biens matériels, de la ville, de la propriété privée.  Les économistes n’ont plus la cote, la mondialisation est critiquée de tous les côtés, les théories du complot, de plus en plus nombreuses, viennent bombarder les politiciens et la culture.  La société occidentale, la société de consommation, est redevenue critiquable, est redevenue mauvaise.  La société d’aujourd’hui ne fait qu’engendrer l’envie, la haine, la violence, les guerres, alors pourquoi continuer à vivre dans une telle société qui ne fait au fond que nous éloigner de notre véritable nature, de la nature, de cette bonté qui nous est fondamentale.  Pour paraphraser Jean-Jacques Rousseau, l’homme est naturellement bon, c’est la société qui le corromp.  Le péché se trouve dans la connaissance, la raison, c’est ce que nous apprend le mythe du Jardin d’Éden.  La connaissance, donc la conscience, nous éloigne de notre nature et nous rapproche par le fait même du Mal.  

Il en est ainsi du personnage joué par Marc Labrèche dans le dernier film de Denys Arcand, l’Âge des ténèbres.  Jean-Marc Leblanc, personnage central du film, fait le bilan de sa vie, d’une vie de fonctionnaire, abruti par un système qui le rend aussi absurde que le Sisyphe d’Albert Camus.  La scène finale est révélatrice, car Jean-Marc Leblanc quitte sa famille, la ville, son travail, ses responsabilités pour aller éplucher des patates en campagne.  Dans la nature se trouve la vérité, la ville n’étant qu’un tissu d’illusions et de mensonges. 

Ce matin, je me suis tapé le dernier film de Sean Penn en tant que réalisateur.  Into the Wild c’est l’histoire d’un jeune homme de 23 ans qui décide de quitter sa famille, ses études, de rompre avec la civilisation, avec la ville, les contraintes, l’ordre (le personne se nomme Alex, A-lex qui en latin veut dire sans loi), pour vivre dans la nature, loin de la culture qu’il considère comme un mensonge, loin de l’autorité, des lois, des règles qui régissent la société.  Alex veut se retrouver dans la nature, pour lui la nature étant source de vérité.  La Vérité et le Bien se trouvent dans la nature alors que la culture, par opposition c’est le Mensonge, le Mal.  Alex évidemment rencontre sur son chemin qui doit le mener en Alaska, là où le temps n’existe pas, différents personnages, dont un couple de hippie avec qui il partagera quelques bons moments. 

Hors Alex se retrouve à la toute fin de son parcours, de son road movie, dans une autobus magique, pris au milieu de nul part, devant se nourrir de petits fruits et d’animaux sauvages, et devant y laisser sa peau après avoir digéré une plante non comestible.  Au fond qui avait raison, Jean-Jacques Rousseau ou bien le Marquis de Sade, celui qui voyait dans le bon sauvage un modèle à suivre, qui ne voyait dans la nature que la bonté même, ou bien celui qui voyait dans la nature la source des plus grandes perversités, des plus grands maux, la source du Mal ?  La Nature l’a emporté sur Alex, elle a vaincu Alex et lui a montré, trop tard, qu’à travers une apparence de beauté, que derrière une fleur, pouvait se cacher la mort.  Après tout, l’homme ne fait-il pas partie de la nature ?


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