Le communisme on le sait a séduit des millions de gens depuis Karl Marx. Malgré son échec évident, il n’en demeure pas moins que cette idéologie semble séduire bon nombre d’idéalistes de la gauche contemporaine. Dans l’avant dernier numéro du Courrier International, il est même question du retour en force du marxisme, d’un marxisme transformé, adapté à notre époque, épuré des erreurs des Lénine, Staline et Mao, seule théorie pouvant contrecarrer les injustices et les inégalités du néo-libéralisme. C’est à mon avis totalement oublié le passé et la tentation totalitaire du communisme, c’est se jeter dans la naïveté la plus totale, celle de croire qu’un monde sans injustice, sans inégalités sociales est possible.
Pour preuve je vous cite un extrait de l’excellente biographie de Jung Chang et Jon Halliday intitulé simplement Mao. Dans le chapitre “Comment Mao édifia son pouvoir par la terreur” on y parle entre autre de l’enthousiasme qui régnait auprès des jeunes venus d’un peu partout à travers la Chine lorsque ceux gagnèrent enfin la région de Yenan, la Mecque, ce lieu saint du communisme chinois. Hors on y parle aussi dans ce chapitre de la désillusion, de ce passage du mythe, de la fiction à la réalité:
” Pour commencer, ces jeunes furent pour la plupart enrôlés dans diverses “écoles” et “instituts”, afin d’y être formés – et endoctrinés. Mais beaucoup ne tardèrent pas à perdre leurs illusion. Ce qui les décevait le plus était que l’égalité, qui constituait l’élément central de leur idéalisme, était non seulement tout à fait absente, mais à l’évidence rejetée par le régime. Partout régnaient l’inégalité et le privilège. Chaque organisation avait trois niveaux de cuisine différents. Le plus bas n’avait droit, grosso modo, qu’à la moitié des quantités de viande et d’huile allouées au niveau intermédiaire, tandis que l’élite s’en voyait octroyer encore davantage. Les aliments les plus nourrissant étaient réservés au sommet de la hiérarchie.
Il en allait de même pour les vêtements. Le coton produit sur place était grossier et désagréable à porter, aussi en importait-on un de meilleure qualité pour les cadres dirigeants. Mao était extérieurement vêtu comme tout le monde, mais ses sous-vêtements étaient d’une tout autre qualité, comme nous l’a révélé une servante chargée de laver et d’entretenir les effets du couple Mao. Elle-même n’avait droit ni à des sous-vêtements ni à des chaussettes, si bien qu’elle était sans cesse enrhumée. Enfin, des articles tels que le tabac et le papier à lettres étaient eux aussi attribués selon le rang occupé dans la hiérarchie.
Les enfants des principaux dirigeants étaient envoyés en Russie, ou alors avaient leur propre nounou. Les femmes des cadres dirigeants pouvaient espérer accoucher à l’hôpital, puis bénéficier ensuite des services d’une infirmière personnelle. Les cadres un peu moins haut placés envoyaient leurs enfants dans une crèche réservés à l’élite. Quant aux communistes de base qui étaient mariés (ils étaient assez peu nombreux), soit ils n’avaient pas d’enfants, soit ils avaient beaucoup de mal à joindre les deux bouts.
Les conditions de vie spartiates et la malnutrition entraînaient de nombreuses maladies, mais seuls les hauts dirigeants avaient accès aux médicaments, plutôt rares au demeurant, qu’il fallait importer spécialement des zones nationalistes.” (Jung Chang et Jon Halliday, Mao, Gallimard, Paris, 2005, p. 265.)
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